Henry Dunant

« Utopie d’Hier, Réalité d’Aujourd’hui »

Pour l’historien et pour le lecteur, Henry Dunant pose un problème à la mesure de sa personnalité, dès qu’on s’aventure à le décrire ou à le comprendre. Chez lui, tout est contraste. Soit il brille au point qu’il éblouit. Soit il sombre si profondément que sa trace même s’évanouit. Soit il donne le vertige par son énergie entrepreneuriale, soit il désappointe par ses disparitions du monde des vivants. En tout cas, il fascine et il agace !

D’un côté, le philanthrope genevois appartient au club très fermé des dix hommes célèbres dans le monde entier. Quelle ville n’a pas sa rue Henry-Dunant, quel pays n’a pas émis un timbre-poste à son effigie ? Dans les contrées les plus diverses, son nom est attaché à un navire, à une forêt, à un sommet de montagne. Dans une dizaine de pays existent une société, un centre, un musée qui porte son nom. Enfin, l’homme sert de symbole ou d’allégorie à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge, mouvement universel par excellence : près de 190 Sociétés nationales et plusieurs millions de membres actifs dans le monde entier célèbrent la

Journée mondiale de la Croix-Rouge, tous les 8 mai, jour anniversaire de sa naissance.

D’un autre côté, sa vie est connue de façon inégale, fragile. En 1867, Dunant fait une faillite qui brise sa vie, mais presque tous les documents y relatifs ont disparu ! Sans parer des quinze années sombres (1875-1890), pendant lesquelles tout ou presque est enveloppé de mystère.

Au-delà de l’ange déchu ou du martyr, au-delà du saint ou du héros, cherchons la fibre humaine. Concrète et vibrante. Fiable et faible, où nous allons trouver un peu de la nôtre.

En chacun de nous peut résider un Dunant, ne serait-ce qu’à un instant de notre existence. Puisse la présente biographie montrer cette exemplarité, malgré les incertitudes et la subjectivité de l’historien.

 

(Introduction de la biographie d’Henry Dunant

par Roger Durand, Président de la Société Henry Dunant de Genève.)

 

Le Saviez-vous ?

Doué d’un génie véritablement international, Henry DUNANT n’est pas seulement le fondateur de la CROIX-ROUGE, mais également le promoteur d’autres idées internationales qui ont presque toutes été réalisées par la suite.

Henry DUNANT fut l’un des fondateurs et des promoteurs les plus actifs de l’ALLIANCE UNIVERSELLE DES UNIONS CHRÉTIENNES de Jeunes Gens qui groupe aujourd’hui quelque 50.000.000 d’adhérents dans 130 pays (YMCA-UCJG).

Henry DUNANT eut l’idée d’une haute cour de justice qui exercerait un arbitrage international en cas de différents entre les nations, tâche qui est assumée depuis 1921 par la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Henry DUNANT a envisagé la création d’un congrès permanent de plénipotentiaires avec des sessions régulières qui deviendrait une véritable puissance internationale pour le bien, animé du meilleur esprit, celui de la paix. Ce congrès devrait rassembler dans un puissant faisceau les efforts de tous les Etats qui cherchent entièrement à faire triompher la grande conception de la paix universelle sur les éléments de trouble et de discorde.

Henry DUNANT, esprit profondément épris de paix, proposa aux pays la limitation des armements.

Henry DUNANT eut l’idée de créer une Bibliothèque internationale universelle destinée à publier et à mettre à la portée de chacun tous les chefs-d’œuvre de l’esprit humain.

Henry DUNANT envisagea, dès 1864, l’adaptation en temps de paix – en particulier lors de calamités naturelles- de l’activité des comités de secours aux blessés.

Henry DUNANT était un adepte passionné de l’abolition de l’esclavage, il écrivit d’éloquentes pages à ce sujet dans son livre « Un souvenir de Solférino ».

Henry DUNANT fut parmi les premiers à concevoir l’idée de port de plaque d’identité pour les soldats : pendant la guerre franco-prussienne de 1870, il fit distribuer aux soldats de petites rondelles de parchemin sur lesquelles ceux-ci devaient inscrire leur nom.

Henry DUNANT voulait étendre aux marins malades et blessés pendant une bataille ainsi qu’aux prisonniers de guerre, la protection prévue par la Convention de Genève pour les soldats blessés dans les armées en campagne.

Tout enfant, Henry DUNANT révéla le désir, la passion pourrait-on dire, de soulager la souffrance. Ainsi ce vœu qu’il fit, après avoir vu les bagnards, à Toulon, d’écrire un livre pour leur défense. Adolescent, il visitait les malades, les déshérités et les prisonniers à Genève.

Henry DUNANT eut l’idée de ce qui fut appelé plus tard les « zones de sécurité » : pendant la guerre franco-prussienne de 1870, il suggéra à l’Impératrice Eugénie de proposer à la Prusse la neutralisation de quelques villes dans la banlieue de Paris où les blessées pourraient être évacués et soignés.

Henry DUNANT fonda l’Association Française de Prévoyance pour soutenir le moral des hommes valides sous les drapeaux, tâche assumée de nos jours par la Croix-Rouge dans plusieurs

Henry DUNANT partagea, en 1901, avec Frédéric Passy, économiste français, le premier Prix Nobel de la Paix.

Le Souvenir de Solférino a été publié en plusieurs langues dont l’allemand, l’anglais, le coréen, le grec, le hollandais, l’indonésien, l’italien, le japonais, le norvégien , le slovaque, le suédois, le thaïlandais et le turc, etc…

L’activité extraordinaire déployée par Henry DUNANT pour obtenir que les Etats d’Europe se fassent représenter à la Conférence constitutive de la Croix-Rouge en 1863, a permis de dire plus tard : c’est la première fois qu’un Congrès de diplomates était convoqué par un simple particulier.

Pendant les six semaines qui précédèrent la conférence convoquée à Genève pour le 20 octobre 1863, DUNANT fit une extraordinaire campagne de propagande pour obtenir l’envoi de délégués gouvernementaux à Genève. C’est ainsi qu’il parcourut plus de 3.000 kilomètres en Allemagne et en Autriche avec des moyens de transport infiniment moins rapides que ceux dont nous disposons actuellement. Il se rend en Bavière, le 2 octobre il est en Saxe, le 7 à Vienne, le 12 à Munich et, avant de rentrer pour le 20 à Genève, il visite les royaume de Hesse, du Wurtemberg et de Bade. Il conféra avec des rois, des princes, des archiducs, des ministres et provoqua par son activité incessante le succès de la réunion prévue.